Recherche et innovation

Portrait de chercheur | "J'ai toujours été attiré par la science et l'enseignement", Dr Julien Cabé

La recherche constitue l'une des trois grandes missions du CHU. Pour mieux appréhender comment elle s'articule au sein de notre établissement, la rédaction de Synapse, le magazine interne du CHU vous invite à partir à la rencontre de celles et ceux qui, au quotidien, contribuent à faire progresser la science et les pratiques de soins.

Rencontre avec le Dr Julien Cabé, psychiatre addictologue. Il a coordonné une vaste étude menée auprès des adolescents autour de leurs conduites addictives, publiée cette année dans le Journal of Addiction Medicine.

Le service d'addictologie et des pathologies duelles du CHU de Clermont-Ferrand mène de nombreux travaux de recherche portant sur la prévention et le dépistage des conduites addictives. Adossé à l'association CIRCEA (anciennement SATISFRA), le service conduit également des actions de prévention auprès des adolescents et en milieu sportif (programme PAMS).

Dans ce cadre, le Dr Julien Cabé, psychiatre addictologue et praticien hospitalier, a coordonné une vaste étude menée auprès de 4 844 adolescents en Auvergne-Rhône-Alpes autour de leurs conduites addictives. Étude portée par des financements publics, le Dr Cabé a publié les premiers résultats en janvier dernier dans le Journal of Addiction Medicine. 

La démarche de l'étude

Quels étaient les principaux objectifs de cette étude ?

L'objectif premier était de définir des profils distincts pour pouvoir agir de manière plus ciblée et éviter toute forme de stigmatisation. À partir de ces profils, nous souhaitons proposer des parcours de soins adaptés. Il est essentiel d'intervenir au bon moment : non seulement pour limiter les rechutes, mais surtout pour prévenir les premières difficultés grâce à une prévention adaptée.
Plus globalement, cette recherche vise à faire progresser les connaissances sur l'addictologie et la santé mentale chez les adolescents et jeunes adultes pour investir davantage dans la prévention que dans les soins, une fois que le patient est adulte.

 

Concrètement, comment avez-vous mené cette étude ?

Nous avons interrogé près de 5 000 jeunes âgés de 11 à 17 ans dans 61 établissements de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qu'ils soient publics ou privés, en zones rurales ou urbaines. Les questionnaires ont été remplis en classe, de manière autonome, en présence d'un psychologue. Ces données nous ont permis d'identifier trois principaux profils en fonction de différentes variables liées aux addictions, à la santé mentale et à la qualité de vie : 

1) Groupes d’adolescents jeunes : bonne qualité de vie, avec peu de conduites addictives ;

2) groupe de filles adolescentes : santé mentale dégradée et qualité de vie altérée, avec des problèmes d’addiction moins marqués ;

3) groupe de garçons adolescents : qualité de vie dégradée (sauf pour les loisirs et les relations sociales amicales), avec d’importants problèmes d’addiction, mais une santé mentale satisfaisante.

 

Quelles hypothèses avez-vous pu confirmer au cours de cette étude ?

Nous observons une augmentation sans précédent des problèmes de santé mentale et d'addictions chez les jeunes. Près d'un adolescent sur deux présentait des symptômes anxieux et/ou dépressifs. Par ailleurs, nous avons confirmé une réelle corrélation entre santé mentale et addictions. Plus les troubles anxieux sont marqués, plus les conduites addictives sont fréquentes ; avec davantage de comportements à risque et une altération significative de la qualité de vie.

Enfin, l'analyse des profils de vulnérabilité a révélé que certains adolescents cumulent déjà plusieurs difficultés malgré leur jeune âge. Ces résultats plaident pour une meilleure individualisation des stratégies de repérage et de prévention notamment pour les profils les plus fragiles.

Se lancer dans la recherche

Quels sont vos prochains travaux de recherche ou vos activités actuelles en matière de prévention ?

Dans la continuité de cette étude, je travaille actuellement sur les motivations qui poussent les jeunes à consommer des substances, ainsi que sur leur usage des écrans, notamment via les réseaux sociaux et les jeux vidéo. 
Parallèlement, je continue de produire du contenu vidéo pédagogique avec l'association CIRCEA, accessible en ligne, afin d'accompagner les professionnels de santé, et en particulier les urgentistes, dans leur prise en charge des jeunes confrontés aux addictions.

Pourquoi avez-vous choisi la voie de la recherche scientifique ?

J'ai toujours été attiré par la science et l'enseignement. Je suis de nature curieuse et j'apprécie particulièrement le travail en équipe. La recherche s'est donc proposée naturellement. Il me semble également important de valoriser ces travaux, car ils permettent d'améliorer nos pratiques cliniques et d'apporter des éléments novateurs à la discipline de l'addictologie chez les jeunes, un champ de recherche encore relativement récent.

Quelques pas de côté

Un rêve de recherche si vous aviez carte blanche ?

Développer une recherche plus intégrée entre psychiatrie et addictologie, ancrée dans les territoires, tout en renforçant l’accompagnement et la place des jeunes chercheurs.

Votre manière de débrancher ?

Me déconnecter passe par la plongée sous-marine, les voyages, mais aussi la lecture et l’écriture, qui ouvrent chacune à leur manière d’autres horizons.