Le service d'assistance médicale à la procréation (AMP) du CHU de Clermont-Ferrand a lancé une étude clinique visant à évaluer l’apport de l’intelligence artificielle (IA) dans la sélection des embryons au 5e jour de culture lors d’une fécondation in vitro (FIV). Cette étude, d’une durée de deux ans, pourrait constituer une avancée majeure pour améliorer les taux de grossesse tout en renforçant la précision du travail des biologistes.
Une technologie au cœur des incubateurs
Pendant les six jours au cours desquels les embryons se développent en incubateur, un système de capture vidéo en continu enregistre leurs étapes de développement.
Ces images sont automatiquement transmises au logiciel d’IA, capable d’analyser l’ensemble du film en quelques secondes et de produire un score sur 10 reflétant la qualité embryonnaire.
Aujourd’hui, cette évaluation repose sur l’expertise des biologistes, qui consacrent environ vingt minutes par tentative à cette analyse morphologique complexe. Grâce à l’IA, ce temps pourrait être considérablement réduit tout en offrant une aide décisionnelle supplémentaire.
Un outil d’aide, mais jamais une décision automatisée
Les équipes rappellent que l’IA ne remplace en aucun cas l’expertise humaine :
- La validation de la fécondation reste exclusivement réalisée par le biologiste.
- Le logiciel n’intègre pas de nombreuses données cliniques essentielles telles que l’âge de la patiente, les antécédents médicaux ou les pathologies éventuelles.
- Comme beaucoup d’algorithmes d’IA, il s’agit d’un système de type boîte noire : il devient difficile de savoir quels critères exacts il privilégie, certains événements isolés pouvant fortement influencer son score.
L’objectif est donc d’utiliser l’IA comme un outil complémentaire, notamment lorsque plusieurs embryons présentent une qualité équivalente.
Des résultats préliminaires encourageants
Bien que l’étude soit toujours en cours, les premières observations sont prometteuses :
dans la majorité des cas, l’IA et les biologistes sélectionnent les mêmes embryons.
À ce jour :
- 70 femmes ont été incluses dans l’étude ;
- 40 % d’entre elles sont enceintes, un taux légèrement supérieur à celui observé dans les parcours classiques de FIV.
Les résultats définitifs seront analysés au terme des deux années d’étude et permettront d’évaluer l’impact réel de cette technologie sur les chances de grossesse et le suivi des patientes.
Une étude qui s’inscrit dans la dynamique d’innovation du CHU
En intégrant l’intelligence artificielle dans un processus aussi sensible que la sélection embryonnaire, le CHU de Clermont-Ferrand confirme son engagement dans l’innovation biomédicale et l’amélioration continue de la prise en charge des couples en parcours d'assistance médicale à la procréation.
Le Pr Florence Brugnon, cheffe du service de procréation médicalement assistée et le Dr Laure Chaput, biologiste en charge du laboratoire d'assistance médicale à la procréation